À chacun sa tarte

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Imaginez une tarte.

Représentez-vous-la remplie de votre garniture préférée (il commence à faire plus frais ici, alors je pense à une tarte à la citrouille avec de la crème fouettée).

Vous avez une image en tête?

OK. Maintenant, imaginez que vous découpez une pointe de cette tarte et la mangez à table avec votre famille; c’est toujours une tarte, non?

Vous apportez un restant au bureau et le mangez en dessert. Toujours de la tarte.

Un soir, votre ventre gargouille alors que vous regardez la télévision (on est tous déjà passés par là!), et vous vous rappelez soudainement : « il reste de la tarte! » Si vous en mangez une pointe assis seul sur le sofa, en regardant une émission de téléréalité, ce sera toujours de la tarte.

Vous mangez une pointe de tarte loin des enfants afin qu’ils ne sachent pas qu’il en reste? Vous prenez une photo de votre tarte et la diffusez sur Twitter ou Facebook? Encore et toujours la même tarte. Vous numérisez la recette d’un livre de recettes et la publiez en ligne, même que vous l’imprimez et l’envoyez à votre grande tante à l’étranger (regarde matante, ça, c’est une sacrée bonne tarte)? C’est toujours de la tarte.

Pensez maintenant à la tarte dans le contexte de notre réalité, où la distinction entre le « réel » – soit le face-à-face ou tout ce qui ne traverse pas le filtre de l’ordinateur – et le « virtuel » ou le cybernétique tend à s’effriter. Pour beaucoup de gens des pays développés, cette séparation réel-virtuel n’a désormais plus de signification. L’omniprésence des appareils de communication (téléphones, tablettes, ordinateurs portables, consoles de jeu, ordinateurs de bureau – voire les réfrigérateurs haut de gamme!) qui sont connectés à Internet ainsi qu’à d’autres appareils signifie que l’apprentissage est finalement permis pratiquement n’importe où par le numérique et la connectivité.

Dans ce contexte, les photos de tarte, les restants, la dégustation entre amis, au travail ou à l’abri des enfants, la diffusion de la recette, etc., sont tous des éléments complémentaires et interreliés de l’expérience que l’on fait d’une tarte. Nous ne l’appellerions pas « tarte virtuelle », « tarte mixte », « tarte inversée » (car qui voudrait d’une tarte avec la pâte à l’intérieur?) ou « tarte en face à face »… Et pourtant, nous faisons cela avec l’apprentissage.

Vous n’êtes pas convaincu que les frontières se sont estompées? Observez comment les jeunes de votre entourage, vos enfants ou vous-même apprenez : si vous ne comprenez pas un problème de mathématiques dans votre manuel, vous regardez une vidéo explicative; ou si quelqu’un mentionne un fait intéressant à la télévision, vous le cherchez aussitôt sur votre téléphone.

La technologie qui rend aujourd’hui possible l’utilisation des appareils numériques a aussi permis de réduire considérablement les coûts ainsi que les temps de production et de livraison nécessaires associés aux médias désormais considérés comme « traditionnels » (DVD, médias imprimés, etc.), les rendant encore plus attrayants et brouillant davantage les frontières.

D’ailleurs, un très bon exemple de ce décloisonnement réel-virtuel est la façon dont les musées favorisent l’apprentissage informel en combinant l’utilisation d’applications mobiles, qui complètent et prolongent votre visite du musée, à votre propre expérience du musée, alors que vous observez les œuvres devant vous ou dans un catalogue d’exposition lustré.

Tout cela pour dire que, lorsqu’on réfléchit à une solution d’apprentissage, se concentrer sur ce qui est le plus approprié, le plus rentable et le mieux adapté à votre groupe d’apprenants est beaucoup plus important que de se concentrer sur un type d’apprentissage précis.

Autrement dit, il s’agit d’observer la tarte au complet, pas seulement une pointe.

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